Vincent Schubarth, artiste allemand formé à l’école des Beaux-Arts de Berlin, a conçu pour sa première exposition en France Exuviae scénographiée spécialement pour  » la crypte  » de l’église néo-gothique Sainte Eugénie à Biarritz.
L’exposition est séparée en trois espaces principaux qui font échos aux œuvres tri-dimensionnelles de l’artiste. Ses photographies, numériques ou argentiques, sont le résultat d’une mise en scène créée par l’artiste : il installe au sein de boites qu’il a construites des peintures, photographies, collages ainsi que divers matériaux et y appose un éclairage. Celles-ci sont ensuite tirées digitalement sur papier et collées directement sur les murs qui entourent la structure en pierre de la crypte. Les œuvres, disposées sans cadre, sont numérotées et n’ont aucun cartel.

Le titre de l’exposition renvoie au contenu de l’œuvre ainsi qu’à l’espace dans lequel il se trouve ; Exuviae signifie étymologiquement « dépouille’’ ou « la peau qu’on ôte ». Les photographies de Vincent Schubarth ôtent ses sujets et ses objets de leur corps initial par un procédé de fragmentation et d’éclairage. Aussi, Exuviae signifie, dans un sens historique, « un stockage d’ossements » et fait allusion à l’espace d’exposition. Le visiteur déambule dans cet espace avec une bande sonore conçue spécialement pour l’exposition par le musicien allemand Patrick Foellmer. Des sons expérimentaux et cosmiques dialoguent avec les œuvres fragmentées et psychédéliques de l’artiste.

Une dizaine de photographies occupent le premier espace d’exposition. La visite débute avec des œuvres oniriques dans lesquelles la figure humaine est présente : un visage ou un corps fragmenté avec présence de matières et de végétaux qui se confondent. Les motifs récurrents du rêve dans cet espace est prégnant et les photographies agissent telles des illusions optiques.

La photographie n°8 restitue tous ces éléments : vue de loin, c’est presque un paysage végétal que l’on pourrait voir : le mouvement des traits touffus et le jeu de lumière font penser à une peinture naturaliste. La dialectique entre le corps et l’organique est aussi un élément récurrent qui trouvera sa compréhension dans la suite de l’exposition. Vus de près, les éléments se reconstituent : une silhouette humaine est allongée, fragmentée par un jeu d’éclairage et de matières végétales. À la manière d’une peinture cubiste, les éléments fragmentés composent une forme abstraite et peuvent être analysés sous plusieurs angles de vue.

Les œuvres présentées dans le deuxième espace, le plus vaste du site de l’exposition, se déclinent et deviennent plus abstraites. Deux photographies au grand format introduisent ce nouvel espace : des végétaux flottent dans le cadre photographique, fragmentés par des lumières et des paysages lunaires. Une autre œuvre présente comme seul objet des morceaux de plexiglas, qui par un jeu de lumière clair- obscur, rappellent les lignes des peintures abstraites. Ce « dépouillage » de la mise en scène met en lumière l’objet, dénudé dans l’espace. L’espace tri-dimensionnel des boites de l’artiste est peu à peu visible : la lumière projetée le fragmente et crée des figures qui se détachent de la composition, faisant penser aux anamorphoses de Georges Rousse.

La compréhension du spectateur dans le procédé artistique de Vincent Schubart est un des fils conducteurs de l’exposition. Peu à peu, les éléments picturaux se dévoilent, les motifs sont moins fragmentés ; l’unique installation, représentant la boite de l’artiste, est érigée à la façon d’un autel. Celle-ci surplombe l’exposition comme une œuvre culminante, rendant tangible la « face cachée » des œuvres.

Cette dénudation progressive du processus artistique trouve son apogée dans le troisième espace ; une sorte de panorama des composantes du travail de l’artiste. Celui-ci accueille une série de collages photographiques à l’esthétique psychédélique, plusieurs photographies au style abstrait. La matière organique est présente sous forme de morceaux de bois disposés au coin des murs et deux vitrines contiennent des croquis architecturaux et aquarelles de l’artiste. Une vidéo diffuse en continu les gestes répétitifs de l’artiste qui peint des lignes sur une musique sérielle.

L’apparition et la disparition des corps et des objets est un phénomène qui traverse les œuvres de cette exposition. Il suit également le spectateur dans sa compréhension de l’œuvre de l’artiste : les motifs picturaux se déploient et s’extraient ; la mise en scène est révélée. L’exposition Exuviae déconstruit le regard, appelle à s’en ôter partiellement ; invite à appréhender les matières, corps et objets à travers le déshabillage ; la peau « qu’ôte » l’artiste.

Vous pouvez retrouver l’artiste sur son site internet : https://www.vincentschubarth.de

Publié le 13 décembre 2019

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