HODACI – ceux qui marchent et qui piétinent

crédit photo : Christophe Péan – 2016

Que penseriez-vous d’une pièce de théâtre qui s’intitule Hodači – Ceux qui marchent, et où les personnages et l’histoire semblent plutôt piétiner, tenter d’emprunter de nouveaux chemins et finalement se perdre en route ? En tout cas, l’idée de départ était bonne ; mêler le théâtre et le cinéma dans une pièce sur-titrée en Serbe, narrant la vie d’un groupe de jeunes amis qui vivent à Niš. Après une rapide contextualisation, un des membres du groupe se fait tuer et la pièce aborde alors les questions de deuil et d’avenir. Comment faire pour continuer à vivre alors que ceux qui étaient à nos côtés ont emprunté une autre route ? Le groupe de jeunes, un peu perdus, marche dans la ville déserte la nuit…

Le scénario n’est pas très recherché et les interrogations des comédiens semblent vides, mais c’est surtout la forme sur-titrée qui ne m’a pas plu : l’écran était très haut et donc si je lisais les sur-titres, je ne voyais plus les comédiens dans mon champ de vision. Où est le théâtre dans cette mise en scène ? À deux ou trois reprises, ils essayent une autre méthode : les comédiens jouent toujours en serbe mais sont traduits sur place par d’autres, qui sont sur les côtés de la scène, en retrait. Résultat, on n’entend correctement ni l’une ni l’autre des deux voix et la langue n’est donc pas appréciable. De plus, une constante scénographique, consistant à allumer un rond lumineux sur pieds quand les comédiens sont physiquement sur scène, ne fait que renforcer l’artificialité de ce qui est en train de s’y passer. Un autre problème vient des parties filmées du spectacle : elles n’apportent rien à la pièce. Elles sont comme « déconnectées » de ce qui se passe sur scène, à part à la fin où tous les personnages, acteurs comme comédiens, vont aux fiançailles de celle qui sortait avec leur ami au moment de sa mort. En revanche, les parties de vidéos ont un avantage notable ; celui de n’être accompagnées que de silence ou de la voix chaude et puissante de Ben Howard dans son morceau Oats in the Water.

C’est donc un mélange à première vue intéressant de disciplines qui impulse ce spectacle. Malheureusement, à vouloir trop en faire, le chemin vers une bonne pièce devient très difficile d’accès et la marche pénible. Le scénario sans consistance ne peut être « caché » par un traitement formel original. Peut-être vaut-il mieux préférer la simplicité efficace aux mélanges hasardeux, dans certains cas.

 

Article écrit par Mado Prévitali-Miranda

les commentaires sont fermés.