Rendez-vous le mercredi 13 mai à 19h00 à la Médiathèque Roland Barthes de Floirac.
« Une tentative de donner la parole à ceux dont on parle tout le temps mais qui ne l’ont jamais » : plongez vous dans une expérience sensible, où le dessin devient mémoire, et la voix, réparation.
Et pour la première fois est une création portée par Marion Duclos, autrice et dessinatrice de la BD du même nom, et Sébastien Sampietro, comédien professionnel de la Compagnie Les Volets Rouges et également étudiant du master IPCI. Un spectacle tout public, accessible dès 10 ans, qui mêle dessin en direct, mise en voix et musique pour faire entendre des récits que l’on évoque souvent sans jamais réellement les écouter.

@Julieta Auchet
Pendant une heure, laissez vous porter par les témoignages de jeunes recueillis par Marion Duclos, entre deux confinements, dans les bibliothèques de quartier de Bordeaux. Sur scène, leurs histoires prennent corps grâce à la voix, tandis que le pinceau donne forme à leurs souvenirs. La musique de Pierre Guignard accompagne ces passages de vie avec délicatesse, créant des transitions presque méditatives entre chaque témoignage.
Les récits se succèdent, un·e à un·e, marqués par la tragédie, l’exil, la guerre, l’immigration vers la France. Une femme raconte sa vie dans un camp de réfugié·es en Syrie : enceinte, déjà mère, elle perd son mari. Pourtant, au cœur du camp, elle fonde une école pour permettre aux enfants de poursuivre leurs études, certains allant jusqu’à obtenir des diplômes. Sur la toile, Marion Duclos dessine une femme voilée dominant le camp, le visage brisé comme un puzzle. Puis, geste symbolique, elle retourne ces fragments et les transforme en fleurs : de la cassure naît la vie.

@Julieta Auchet
Il y a aussi cette petite fille de quatre ans, « la petite aux bottes comme des grenouilles », qui marche dans la neige, les yeux grands ouverts sur un monde déjà rude. Ou encore cet homme de trente ans, qui « marche » chaque jour, dormant au 115 entre 18h et 8h. Parti du Mali, passé par l’Algérie et la Libye avant d’atteindre la France, il est venu poursuivre un rêve qui se heurte à la précarité. Un autre témoignage évoque un jeune Guinéen ayant quitté son pays avec un ami pour rejoindre la France ; ils se perdent en route et ne se reverront jamais. Sur scène, les formes d’un zodiac naufragé viennent figer l’absence.
Le spectacle ne se limite pas aux récits d’exil. Marie-France, par exemple, partage son quotidien en fauteuil roulant électrique : la joie de cette autonomie retrouvée se heurte aux trottoirs inadaptés, aux détours imposés, aux retours en arrière constants. Là encore, le témoignage éclaire une réalité souvent invisibilisée.
La force de Et pour la première fois réside dans la coordination précise entre la parole, la musique et le dessin. Ce qui est raconté se construit sous nos yeux. Cette corrélation crée un espace de participation : le spectateur devient témoin actif, reliant les mots aux images, complétant les silences. Le langage utilisé reste fidèle aux personnes évoquées, à leur âge, à leur niveau de langue, tout en demeurant accessible aux plus jeunes. La musique, subtile, permet de quitter un personnage pour en rencontrer un autre sans rupture brutale, dans une douceur presque contemplative.
« Une tentative de donner la parole à ceux dont on parle tout le temps mais qui ne l’ont jamais » : cette phrase résonne comme le cœur du projet. Le leitmotiv commun à tous ces parcours reste la France et la langue française, porteuses d’espoir mais à l’accueil mitigé. Même lorsque la qualité de vie espérée n’est pas au rendez-vous, l’espérance demeure.

@Julieta Auchet
Certain.es étudiant.es du Master IPCI ont eu l’occasion d’assister à ce spectacle le 21 novembre 2025, à l’Espace culturel Georges Brassens de Léognan lors du Festival de la Fête du livre jeunesse et de la BD.
Alors venez nombreux·ses mercredi 13 mai à 19h00 à la Médiathèque Roland Barthes de Floirac assister à ce spectacle poétique et émouvant, donnant enfin la parole à celleux « dont on parle tout le temps mais qui ne l’ont jamais ».
Article écrit par : Julieta AUCHET

