Pendant les journées nationales de l’architecture en octobre 2025, j’ai eu de la chance de visiter l’une des rares maisons privées conçues par le célèbre architecte néerlandais Rem Koolhaas.

Je vous propose de faire le tour de cette villa étonnante avec moi !

PROFIL BREF
Année de construction : 1998
Architectes : Rem Koolhaas, Julien Monfort, Jeroen Thomas, Yo Yamagata, Jeanne Gang, Chris Dondorp
Ingénieurs : Cecil Balmond, Robert Pugh, Arup Londres
Façade : Robert-Jan van Santen
Meubles : Maarten van Severen
Surface maison : 500 m

Construite par Rem Koolhaas, cette maison située au sommet d’une colline à Floirac dans l’agglomération bordelaise est difficile à classer ou s’inscrire dans une catégorie architecturale spécifique. À l’origine il devait s’agir d’une résidence ordinaire pour une famille de cinq personnes, mais le client, l’ancien président et l’un des majeurs propriétaires du groupe Sud-Ouest Jean-François Lemoine, s’est retrouvé cloué dans un fauteuil roulant à la suite d’un accident de voiture, ce qui a complètement changé le plan architectural. Au final, outre son aspect extérieur unique, la maison a été conçue pour être adaptée aux déplacements d’une personne dans une situation de la mobilité réduite. Cela se traduit non seulement par le principal dispositif de la maison, dont je parlerai plus tard, mais aussi par son agencement, qui peut être légèrement modifié en fonction des demandes du propriétaire, afin que le fauteuil roulant ne se coince pas dans les angles.

Dans ce projet, l’architecte néerlandais s’est livré à son amour des paradoxes et des contraires. L’asymétrie est devenue le point de départ de tout le processus créatif, et en partant du plan proposé par la famille, Rem Koolhaas est arrivé à une solution très intéressante : assembler trois « maisons » différentes, dont la division est totalement imperceptible à première vue si l’on ne connaît pas leur usage. Il s’agit, de bas en haut :

  1. Espace pour les tâches ménagères
  2. Espace pour le temps commun
  3. Espace privé où se trouvent les chambres des membres de la famille

Examinons maintenant chaque niveau plus en détail !

Creusés dans la colline, la buanderie, le cellier et la cuisine nous faisons penser de la caverne préhistorique. C’est un espace dédié aux tâches quotidiennes baigné d’une lumière froide filtrée par des vitres bleus translucides. La couleur grise des murs et le vert pâle du sol renforcent l’atmosphère mystique.

Au-dessus de ce niveau, le salon propose une variation sur le thème de la maison de verre du style international, archétype de l’architecture contemporaine. La boîte translucide semble écrasée par le volume de béton du niveau supérieur. Cette section possède son propre caractère et un intérieur unique. Le sol est recouvert de grandes dalles en aluminium brut poli, créant un caractère immatériel et une atmosphère détendue, parfait pour les échanges d’opinions et les réflexions.

Au-dessus de cet étage, dans le dernier bloc massif, une place est réservée aux chambres. La lourde structure en béton est percée de hublots qui remplacent la vue panoramique classique attendue.
Cinquante-trois hublots de 40 cm de diamètre sont disposés selon des lignes correspondant à la position des occupants (assis, debout, couchés) ou à leur taille (adulte, enfant).

La particularité de cette maison est sa plate-forme hydraulique mobile. Cette «quatrième maison» verticale traverse les trois autres et combine une pièce, un ascenseur et un patio (le toit vitré assure un éclairage abondant).

C’est précisément ce mécanisme qui permettait au propriétaire de ne pas se sentir prisonnier des circonstances. Il se déplace silencieusement, il est pratique pour les autres membres de la famille, et les balustrades qui empêchent de tomber dans le puits central se cachent instantanément dans le sol et assurent une transition fluide vers l’espace principal de l’étage. De plus, la plate-forme sert d’échelle pour une meuble-bibliothèque unique en verre renforcé de plaques de polyester, qui s’étend sur les trois étages.

Vous vous demandez sans doute : «Pourquoi cet article ne contient-il pas de photos de l’intérieur et pourquoi devons-nous nous contenter de plans et de schémas ?». La réponse est très simple : il s’agit d’une résidence privée où vit toujours la veuve de M. Lemoine, qui défend très sérieusement son intimité. Ainsi, lors des rares visites (environ deux fois par an maximum), il est interdit de toucher quoi que ce soit, de s’asseoir sur les meubles, de se déplacer librement dans la maison et de publier des photos de l’intérieur.

Mais revenons à l’architecture ! À première vue, la maison de Bordeaux semble être une construction invraisemblable. Par exemple, la partie supérieure comprenant les chambres est d’un côté posé sur un portique à deux piliers, et de l’autre côté, elle semble suspendue à une poutre horizontale. Cette construction a nécessité l’installation d’un câble vertical fixé dans un bloc de béton enfoncé dans le sol. Le renforcement du bâtiment par des forces invisibles et le déplacement vertical de la partie centrale de la maison mettent l’architecture d’une maison en mouvement.

Il est important de noter que toutes les innovations technologiques dont regorge la maison nécessitent un entretien constant et des contrôles annuels : le résultat est une maison conçue pour des personnes incroyablement riches. De plus, malgré la conception bien pensée du projet, le tassement du sol dû au poids incroyable de la structure a entraîné, à des degrés divers, des dysfonctionnements de nombreux systèmes parfaitement ajustés : portes, hublots, drains cachés, etc. En conséquence, la résidence devra manifestement faire l’objet d’une rénovation majeure dans un avenir proche.

Enfin, il faut mentionner les environs et la vue qui s’offre depuis là-bas. Le lieu de construction n’a pas été choisi au hasard : la maison est cachée des regards indiscrets par la forêt et n’est accessible que d’un seul côté, car de l’autre, qui donne sur le fleuve, le terrain se termine par une pente presque à pic. De plus, la différence de niveau permet de voir pratiquement toute l’agglomération bordelaise comme sur la paume de la main !

L’architecture de Koolhaas, fondée sur des combinaisons audacieuses et imprévisibles, un jeu habile et déroutant d’asymétrie et d’équilibre, a donné naissance à cette œuvre complexe où chaque élément est à la fois joyeux et novateur.


La maison de Bordeaux, saluée à juste titre par la critique internationale, a également été inscrite (fait exceptionnel pour un bâtiment récemment construit) à l’Inventaire Supplémentaire des Monuments historiques en 2002.

Auteur et crédit photos : Anton Livanov
D’après les matériaux du tour de la maison et les documents du centre d’architecture Arc-en-Rêve

Publié le 9 janvier 2026

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