Useless Magic, la poésie de Florence Welch

Entre pop onirique et charisme démesuré, Florence Welch est avant tout la moitié de Florence + the Machine. Groupe de pop baroque, c’est avant tout la voix puissante et magnétique de la britannique qui mène cette formation étonnante. Virage à 180 degrés en 2018 avec l’écriture de son premier ouvrage, un recueil de poésie et des textes de ses chansons, paru à la suite de son quatrième opus. Prêtresse mystique, Welch se raccroche à la terre en couchant sur le papier ses songes les plus profonds. Plus brut, plus terrestre, et moins exubérant que sa musique, la cohérence de l’oeuvre est totale, à l’image de son incroyable univers.

Ce livre donne le ton : plus personnel, plus profond, et presque apaisé. Welch se met à nue. A première vue, c’est un bel ouvrage, finement relié, dont la couverture en tissu d’un rouge profond laisse à deviner les références littéraires voulues par l’auteure. Dès l’ouverture, le papier transpire l’univers suranné de l’artiste, qui illustre elle-même ses écrits à coup d’artwork et de dessins griffonnés à la va-vite sur les routes.

Si la mélodie et les rythmes pop attaquent puissamment sur les disques de Florence Welch, c’est aussi l’intention profonde des paroles qui retiennent notre attention. C’est pourquoi l’édition de ce recueil était une évidence, une façon de revenir à l’essentiel. Welch écrit d’ailleurs que ses chansons parlent à travers elle dans leur propre langage et souligne l’étrange sensation de voir ses chansons écrites, vulnérables. Elle ouvre une réflexion honnête et presque violente sur ses déboires personnels, sa vie d’artiste, et retrace ses épopées musicales au fil des chapitres. L’idée d’une renaissance guide l’ouvrage, comme si avoir enfin tous ses songes les plus intimes dans un recueil était une alternative à l’obscurité du passé. Laissant ainsi présager que la conscience de soi est en fait un espoir. Welch y conte ses doutes, ses faiblesses, ses déceptions, et ses espoirs.

Ce livre est un peu comme un talisman, quelque chose qui pourrait aussi être un morceau de nous. Des chansons écrites pour pouvoir les garder pour soi, à l’image de la lettre qu’elle se destine à elle-même dans Various Storms & Saints. Elle signe sûrement ici un de ses plus beaux textes. L’artiste s’accroche à la réalité, entre sagesse et espoir, et signe l’ouvrage d’une vie, un voyage artistique exhibant sa sensibilité. A une époque ou l’on reproche aux artistes un manque de renouvellement, la chanteuse nous prouve le contraire et repousse les limites de son art. A la fois poétique et organique, Welch baisse la garde, se confronte à elle-même et donne la mesure de son talent de songwriter et de poétesse.

Victorine GROS

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