Une heure avec Sinan Antoon

Dans le cadre du Festival Lettres du Monde, évènement littéraire ayant pour but de diffuser la littérature étrangère, des rencontres avec différents auteurs sont organisées.

J’ai eu la chance de découvrir Sinan Antoon grâce à l’une d’elles.

Il est 14h30 à l’Université Bordeaux Montaigne.

Ève De Dampierre, qui jusqu’à maintenant endossait le rôle principal du cours, passe le relais à notre invité du jour. Une chemise à motifs sur les épaules, de petites lunettes carrées en plastique transparent, je découvre un personnage décontracté mais tout de même un peu intimidant. Intimidant par son parcours, par sa gentillesse, par ses réponses pleines de finesse.

La première question est posée, et me voilà à l’écoute de Sinan Antoon. Sa barbe rousse bouge au rythme de ses phrases. Son anglais mélodieux illustre parfaitement le thème de notre séminaire « Écrire le déracinement » : un anglais américain habillé d’un accent arabe. Il le dit lui-même : « I have American blood but i feel Iraki ». Voilà la raison pour laquelle il écrit ses romans en arabe, bien que sa vie se déroule désormais aux États-Unis.

La pièce se réchauffe autant par les rayons du soleil de ce milieu d’après-midi, que par cet échange plein de bienveillance, des rires qu’il nous fait partager et de cette aisance qu’il a à nous raconter son parcours de vie et ses ressentis.

Toute la pièce écoute ses réponses attentivement, ne voulant pas en perdre une seule miette.

Il nous raconte une anecdote qui se déroule dans un avion en direction de New-York. Il s’est fait interroger par les hôtesses de l’air car il était en train d’écrire sur son ordinateur. En arabe. En effet, il était probablement en train de rédiger son nouveau roman Seul le grenadier, mais les hôtesses de l’air, pensant aux attentats du 11 septembre, ont préféré associer l’arabe au terrorisme plutôt qu’à une langue permettant une grande liberté d’écriture pour notre cher écrivain.

La liberté. Un concept très recherché par l’écrivain. Lui la trouve dans la langue arabe qu’il utilise sans but précis. « I only want to write beautiful novels », nous dit-il. Il veut seulement partager sa langue, sa culture, son pays en écrivant des romans. Tous ont un point commun : un contexte toujours raccroché à l’Irak, mais à travers des thèmes très différents.

Ce que désire S.A., c’est que la nouvelle génération puisse lire ses romans et y trouver ou y créer un espace culturel. Qu’elle ne se cantonne pas seulement à la proposition tronquée que lui fait le monde occidental en termes de littérature du Moyen-Orient, mais qu’elle puisse découvrir l’offre immense dont elle dispose.

Notre invité parle avec tellement de conviction que je suis emportée par ses explications et ne vois pas le temps passer. J’aimerais que cet échange ne se termine jamais. Pourtant la discussion doit maintenant s’arrêter.

Il est 15h30 à l’Université Bordeaux Montaigne et je viens de passer une heure en présence de Sinan Antoon.

Lou Pohin

Crédits photo : Sinan Antoon pour le Festival Lettres du Monde 2018, Bordeaux

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