Une affaire de liens

Quelle critique pour la Palme d’Or ?

Si vous en aviez la possibilité, choisiriez-vous votre famille ?

1954, La porte de l’Enfer de Teinosuke Kinusaga remporte le Grand Prix du Festival International du Film, ancêtre de la Palme d’Or. Avec quatre films primés au Festival de Cannes, le cinéma japonais laisse admiratif depuis plus d’une centaine d’année.

Kore-eda présente à Cannes son nouveau film Une affaire de famille , qui sans nous surprendre aborde le thème des liens familiaux.
Si la présence de certains films dans la compétition officielle de Cannes a été remise en cause, Une affaire de famille de Hirokazu Kore-eda mérite sa place au sein de ce festival à la renommée internationale, ainsi que le prix dont il a été honoré.

De retour d’un vol à l’étalage, un père et son fils recueillent une petite fille apeurée semblant abandonnée, maltraitée. Cette dernière va être intégrée à cette famille composée par la précarité, qui tentent ensemble de vivre de leurs faibles moyens et de leurs petits délits. Malgré la pauvreté, rien ne semble menacer le bonheur des Shibata, jusqu’au moment où un incident va révéler au grand jour les secrets de chacun…

Loin de la frénésie tokyoite, Kore-eda aborde avec finesse le thème de l’exclusion sociale. Dès les premières minutes du film, je m’attache aux personnages, à leurs traits de caractères et admire leur capacité à s’émerveiller des petites choses de la vie.

À travers ces moments du quotidien, ces dialogues à la fois touchants et amusants, j’adopte rapidement cette famille hors du commun jusqu’à me laisser émouvoir par leur immoralité.

Du point de vue esthétique, Kore-eda ne laisse rien de côté. Sa façon simple et modeste de filmer satisfait mon amour pour le réalisme au cinéma.
Cela ne serait possible sans la parfaite interprétation des acteurs. La beauté des images s’allie à celle du jeu au plus grand plaisir des yeux.
Fervente admiratrice du cinéma de Xavier Dolan, j’avais pour habitude d’accorder une importance primordiale à la musique et de ne pas la dissocier de l’émotion. Cependant, dans Une affaire de famille les mots suffisent à m’émouvoir, les plans comme les dialogues me plongent d’emblée dans l’univers délicat et sensible du réalisateur.

En bref, cette année la Palme d’or ne vous laissera pas indifférent.
Une affaire de famille rend hommage à ces japonais profondément touchés par la crise économique recherchant tant bien que mal à entretenir un lien social. Kore-eda comme son prédécesseur Ozu donne matière à réflexion, soulevant la possibilité de créer une famille sans lien du sang, simplement par amour et bienveillance.


Un film bouleversant pour clôturer 2018… Cependant, sa critique envers la société nippone a contrarié le premier ministre japonais qui n’a pas félicité le réalisateur pour sa récompense suprême.

Victoire Boissont

Crédits photo : Une Affaire de Famille de Hirozaku Kore-eda

les commentaires sont fermés.