Un rayon d’or au fond de l’océan

Les trésors de l’obscurité

Le trésor, dans son étymologie grecque θησαυρός, thêsaurós signifie « ce qui est dans le coffre », caché. Sa valeur, son existence même, repose sur cette latence : notre imagination est maîtresse car rien ne peut venir la contrer ou l’amoindrir. De là l’obsession des pirates, la fascination pour les pyramides, la dévotion des aventuriers en quête de l’El Dorado ; tout est possible parce que nous ne savons pas.
Les premières images du documentaire de Sam Hobkinson , The treasures from the wreck of the unbelievable, nous montrent un cargo accostant dans le port de Venise. Il fait nuit. La succession rapide de plans rapprochés, plans de détails et plans larges sombres ne nous permet pas de d’identifier ce que le navire transporte. Nous distinguons seulement de larges paquets aux formes irrégulières protégés par des bâches. Seules les paroles de Damien Hirst en voix off éclairent cette scène nocturne empreinte de mystère ; « I supposed we’re all looking for a whole true story that makes sense. But I think what makes you believe in things is not what’s there, it’s about what’s no there.»
« Ce qui nous fait croire, ce n’est pas ce qui est, mais ce qui n’est pas. » Ce que l’on ne voit pas, l’insaisissable, active notre imagination et nous pousse à croire en ce qui pourrait être occulté par les ténèbres.
Février 2010, Océan Indien, Afrique de l’Est. L’eau est limpide, turquoise, le ciel dégagé. Cette clarté éblouissante est rassurante ; elle reflète la puissance du savoir ; tout est parfaitement lisible dans cette lumière chaude. L’image du bateau à moteur fendant les flots calmes semble symboliser le contrôle absolu de l’Homme d’un monde sans secrets. Pourtant, cette apparente transparence n’est valable qu’à la surface.
Une fois dans l’eau, la caméra nous offre le spectacle d’un monde nouveau, placé sous le signe de l’obscurité et du mystère. Déboussolés, nous suivons les plongeurs tandis qu’ils s’enfoncent dans les profondeurs sous-marines, à la découverte d’un univers magique de légendes et de rêves.
Le clair-obscur ; la connaissance et la croyance. Les jeux de lumière rythment le documentaire de Sam Hobkinson , de même qu’ils cadencent notre existence tachetée de savoirs et d’ignorances. Pour le réalisateur, la croyance naît de ce ballottement des contraires et du désir profondément humain de créer une stabilité à travers la découverte d’un sens qui permettrait de construire une histoire « complète ».
La croyance apparaît alors comme un bien nécessaire, qu’il ne faut toutefois pas confondre avec la vérité. Hobkinson nous propose une réconciliation raisonnable avec la croyance ; il s’agit de l’accepter pour ce qu’elle est ; une poussière de fée à visage humain qui nous rend vivant, nous anime, et nous permet d’apporter à notre existence une dose de magie salvatrice.

Solea Vargas

Crédit photo : Solea Vargas

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