Quand Jarry rencontre Les Lubies !

UBU ROI par Alfred Jarry

Compagnie Les Lubies : Ubu Roi – Gidouille

 

« Merdre ! », dans cette petite salle du Glob Théâtre je suis prise sur le vif. Cette première parole du Père Ubu me fait autant rire aujourd’hui qu’elle a pu faire scandale il y a plus de cent ans. La pièce du jeune Alfred Jarry, à l’origine farce entre lycéens, mets en scène une caricature du professeur de physique Monsieur Hebert qui représentait alors  «tout le grotesque du monde». Le père Hebert, devenu au fil des remaniements de Jarry le Père Ubu, et sa femme la mère Ubu s’agitent ici autour de la problématique du pouvoir.

Drame épique en 5 actes, la pièce s’articule en 6 mouvements : le premier est initié par le désir de devenir reine de la mère Ubu, pour arriver à ses fins celle-ci incite son mari et son acolyte le Capitaine Bordure à assassiner le bon roi Venceslas. Le second mouvement est le passage à l’acte du peureux et grotesque roi Ubu. Les troisième et quatrième mouvements sont le reflet de la folie du père Ubu. Incontrôlable et ne voulant être contrôle par personne, il se fâche avec mère Ubu, assassine Bordure, les nobles, les juges, les financiers et accable d’impôts le petit peuple. Le cinquième mouvement depeint une guerre aussi absurde que peut l’être son protagoniste. Père Ubu et mère Ubu réfugiés au fond d’une grotte donne à voir dans les dernières scènes toute l’avidité et le ridicule qui caractérise la pièce.

« de par ma chandelle verte », à coup d’adjectifs ubuesques et de vêtements loufoques accumulés qui rendent Vincent Nadal aussi gros qu’Ubu est vaniteux, la compagnie Les Lubies me captive grâce à sa mise en scène moderne et inspirée. Dans la version Gidouille d’Ubu roi, l’acteur- performer joue à lui seul tous les personnages avec l’aide d’animaux empaillés (ou non !) dans un décor de brocante ou l’on trouve même un frigo, et à grand renfort de jus de tomate qu’il prend un malin plaisir à balancer dans le public.

Mes yeux sont partout, le jeu est amplifié et piqué par l’aire du temps grâce à la présence des vidéos instantanées, procédé que je n’avais jamais vu auparavant. Comme Jarry fait référence à Shakespeare, Vincent Nadal glisse dans son interprétation des allusions aux maux de notre époque à coup de « je suis le roi et je fais ce que je veux » et de postillons à la tomate que je me prend, comme ses discours engagés, en pleine face.

Exténué, ventripotent et transpirant, l’acteur à la fin de la pièce est devenu Ubu et m’a fait voyager « en Pologne, c’est-à-dire nulle part ».

Article écrit par: Lorline Grel

 

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