Rencontre avec l’écrivain irako-américain Sinan Antoon

« La langue arabe est mon cordon ombilical »

Ces sont les questions de la langue et de l’histoire qui ont le plus retenu mon attention lors de l’intervention de Sinan Antoon, ce lundi 19 novembre 2018.


Sinan Antoon écrit en arabe des romans qui traitent de l’Irak, sa terre natale qu’il a quittée en 1991 pour les États-Unis. Il a lui-même traduit en anglais l’un de ses romans (The Corpse Washer), mais c’est l’unique de ses ouvrages qu’il a traduit, bien qu’étant bilingue ainsi que le traducteur arabe-anglais de poèmes de Mahmoud Darwich.


Selon lui « l’arabe est [son] cordon ombilical » et l’écriture en arabe lui donne une plus grande liberté d’expression. Il l’explique par son éducation majoritairement en langue arabe ainsi que l’arabe dialectal comme étant sa « langue du je » comme le dit l’auteur Kacimi dans son texte « Langue de Dieu et langue du Je » extrait de L’Orient après l’amour (2008), c’est-à-dire la langue à laquelle il a recours pour exprimer ses émotions, son ressenti intime et personnel. De plus, l’écriture de fiction lui semble être la seule manière possible pour se transformer en une personne totalement différente et nouvelle, et bien que certains de ses personnages soient basés sur de vraies personnes qu’il connait, aucun de ses romans n’est autobiographique.


Cette langue arabe qu’il emploie, il la souhaite la plus fidèle possible. Il fait appel à certains jeunes gens vivant en Irak pour se tenir au courant des évolutions constantes de l’arabe dialectal, et il inclut différents dialectes dans les dialogues de ses romans.


Pour lui la beauté des histoires qu’il écrit ne doit pas cacher la réalité de la vie des Irakiens restés au pays ; et sans jamais tomber dans une apologie de la dictature, il relate les bons et mauvais côtés de cette existence qu’il ne vit plus. Il peut se permettre d’écrire ainsi car il est hors du pays, mais il garde un contact perpétuel avec les intellectuels, ses connaissances et la jeunesse restés en Irak, notamment grâce aux réseaux sociaux, afin de raconter l’Histoire, de garder la mémoire en vie, et de donner les moyens à cette jeunesse de changer le cours de son histoire. Les histoires que Sinan Antoon raconte s’insèrent et font partie intégrante de l’Histoire.


Sinan Antoon habite sa langue sans occuper l’espace géographique auquel elle est rattachée, et écrit l’histoire de son peuple irakien tout en ayant quitté sa terre.

Julie Hoedts

Crédits photo : Bruno Levy pour La Croix

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