Quand l’Irak s’invite aux États-Unis

Qui sait, voire même se rappelle, qu’au même titre que Babylone, Bagdad fait partie des premières civilisations urbaines au monde ? Que son rayonnement culturel éclairait le monde arabe ? Qui pourrait imaginer que Bagdad était une ville cosmopolite et multiconfessionnelle où la religion n’était ni même motif à discussion ? Certainement très peu d’entre nous.

Heureusement, la littérature est là pour nous rappeler à quel point notre mémoire peut être sélective mais sans doute aussi à quel point nous pouvons devenir les victimes de « l’histoire unique ».

Dans le cadre du festival « Lettres du Monde » organisé par l’association du même nom, l’écrivain irakien Sinan Antoon s’est déplacé le 19 novembre 2018 à l’Université Bordeaux Montaigne pour échanger avec les étudiants.

Celui qui, enfant, était surnommé « the half american » grandit auprès de son père irakien et de sa mère américaine dans sa ville natale de Bagdad, sous le régime de Saddam Hussein. C’est à ses vingt-trois ans qu’il décide de continuer ses études aux Etats-Unis où il est désormais enseignant de littérature arabe à l’université de New-York mais aussi un écrivain internationalement reconnu. Un écrivain qui n’a de cesse d’écrire sur l’Irak alors même qu’il vit et travaille dans le pays qui oppresse sa terre natale.

Une obsession me direz-vous ? C’est ce qu’il assume entièrement, lui qui considère l’écriture comme l’exutoire de ses propres émotions. Mais c’est aussi la présentation d’une autre « histoire » que Sinan Antoon veut partager à travers ses romans qui sont tous inspirés de faits réels.

On apprend à connaître le passé d’une ville multiconfessionnelle et les tensions générationnelles en cours à travers Ave Maria, qui s’inspire des attentats du 31 octobre 2010 à Bagdad ; on réalise aussi le poids des changements liés à l’enlisement d’un conflit dans Seul le grenadier, son dernier roman qu’il a écrit après avoir lu un article journalistique dans lequel un laveur de corps témoignait de sa volonté de quitter l’Irak. Pourquoi ? Parce qu’il était devenu trop riche…

Alliant un mélange subtil entre fiction et reflet d’une réalité que l’on ne connaît pas, Sinan Antoon réveille en nous l’envie d’aller au-delà de ce qui nous est présenté par les médias. Et ce, en donnant la voix à ceux que l’on n’entend pas.

Ne pas se contenter de « l’histoire unique » mais toujours la confronter à d’autres « histoires » : c’est tout ce que l’on souhaite à votre esprit critique !

Lisa Olivette

Crédits photo : Ina Peters, image libre de droits

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