Légèreté

Un couteau dans le ventre. Les souffles tremblent. On peine à se regarder dans les yeux. Est-ce de la culpabilité ? Est-ce une vague de tristesse dans laquelle on perd pied ? Difficile de garder la tête hors de l’eau. On ne sait plus comment réagir. Il va falloir faire face. Assumer. Devant nous, un homme. Des barbelés. Du sang. De la sueur. Transfrontalier, un nom lourd de sens. 

Et son corps torturé, musculeux. Si beau. Enduit d’argile et de courage. 

Et des cris. Ses cris à lui, terrifiants. Et les nôtres, inaudibles mais qui brûlent à l’intérieur. 

Un danseur seul, sur le béton dur et tiède de cette nuit d’automne. Il est entouré de grilles de chantier et de vêtements d’enfants au sol et de voix diffusées par une radio grésillante. 

(c) Anna Van Kooij – Utrecht 2019 / Hollande

Voix auxquelles on ne peut échapper. On voudrait les fuir, courir, courir, courir. Se boucher les oreilles jusqu’à se briser le crâne. 

Des discours politiques, des idées de toutes sortes. 

A chaque mot, un coup. 

A chaque coup, une larme. 

De plus en plus d’eau, de moins en moins de souffle. 

La douleur emplit son corps et son esprit. 

Elle se propage, il se disloque. 

Un tourbillon de bruit, de sauts, de rouge. 

Et puis, plus rien.

Apnée.

Il nous prend dans ses bras, un par un. Une étreinte puissante. Du sang. De la sueur. Mais plus aucun barbelé. Et de la chaleur. Les yeux rougis, on partage un regard. Nulle besoin de mots pour parler de la mort. 

Mort, sous nos yeux détournés et sur nos consciences fuyantes, chaque jour. 

Va-t-on réussir à dormir, cette nuit ?

Merci, Snake.

Léa Riverain

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