LE CLOWN, C’EST TOI

Ne réfléchissez pas, si vous entendez le nom d’Emmanuel Gil -aka Typhus Bronx- au détour d’une conversation, tendez l’oreille. C’est avec le Délirium du Papillon, en 2014, que son nom commença à faire hérisser les poils. L’histoire d’un papillon qui voulait sortir de sa cage – ou un fou désireux de s’échapper de l’asile, choisissez ce qui vous semble le plus approprié.

Curieux, sceptique, c’est avec ce petit historique en tête que je m’installe, le 27 novembre dernier, sur les gradins des Grands Foyers de la scène conventionnée du Carré-Colonnes de Saint-Médard-en-Jalles, face à un comptoir de bourreau, et délimité par un plastique translucide.

Malgré l’originalité, le titre de la pièce n’est pas des plus engageants. La petite histoire qui va te faire flipper ta race (tellement qu’elle fait peur). Une revisite du Conte du Génévrier des Frères Grimm. C’est l’assistant Marek Kastelnik qui donne le top au spectacle, en ordonnant au public de se taire, provoquant l’effet d’une gifle collective. Puis Typhus arrive, façon The Ring, perruque de cheveux longs et noirs amenés vers l’avant, musique de The Grudge à fond, face à des jeunes et moins jeunes sous tension maximum. La notification « A partir de 12 ans » me semble tout à coup bien déconvenue.

Macabrement joyeux, le clown caustique discoure, sans interruption, organisant sa pensée par le verbe. La satyre est son glaive, et la métaphore son bouclier. Il déambule dans les rangs, évolue avec ses objets dans cet environnement brisant et brisé. Il s’adonne à briser le quatrième mur, et sa présence est crainte par le public, qui se dissimule lorsqu’on le pousse à rejoindre la scène. La réussite se joue de l’excès, et rend incrédule le spectateur, son amusement se transformant en interjections scandalisées. D’un langage qui pourrait rendre Sigmund Freud semblable à un enfant de chœur, Bronx ne se refuse rien, il plonge la salle dans le cercle vicieux du
macabre.

Et là, après une heure de monologue, après un silence fantomatique, les lumières s’éteignent. Malgré le sang, l’acerbité, l’humour noir, le public se lève, ovationne.

L’histoire revisitée de la décapitation du jeune Kévin renaissant de ses cendres pour se venger de sa moche-maman et protéger sa sœur Kimberley, est réussie. Et je reste incrédule, abasourdi. Parce que la probabilité d’être assimilé aux personnages était inférieure à 1%. Parce je m’appelle Kevin, que ma sœur se prénomme Kimberley, et que j’ai un phénix de tatoué dans le dos.

Kévin Gibaud

Crédits photo © Pitch’Ographie

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