Fausse vraie mort et vraie fausse répétition

Crédit photo : ABYR – Mr-Choubi

La mise en abyme, autrement dit le principe vertigineux du théâtre dans le théâtre, on l’a tous étudiée au lycée. C’est même monnaie courante sur les plateaux, où l’on aime à nous rappeler que nous sommes dans le faux afin de provoquer, paraîtrait-il, une prise de conscience plus aiguë de ce qui nous est montré. Bref, rien que de très banal.

Pourtant, ce que les 26 000 Couverts nous proposent avec A bien y réfléchir, et puisque vous soulevez la question, il faudra quand même trouver un titre un peu plus percutant – outre une pièce avec un titre à rallonge – est bien plus que cela. Il s’agit cette fois de théâtre dans le théâtre dans le théâtre dans le théâtre… arrêtons-nous là. Comme une plongée dans la galerie des glaces où chaque image se reflète un trillion de fois pour nous donner le vertige et brouiller toute perception du haut, du bas, de la droite ou de la gauche.

Sur un plateau encombré d’un amas hétéroclite, table jonchée de bouteilles d’eau, piano électrique, canapé défoncé digne d’un squat, poubelles de recyclage et autres objets plus ou moins identifiés, la médiatrice du théâtre présente la troupe des 26 000 Couverts et leur nouveau spectacle. Ce dernier, qu’ils présentent pour la première fois après quinze jours de résidence, est encore en recherche de titre et se veut une célébration des morts absurdes. Premiers rires de ceux qui connaissent le travail de la compagnie dijonnaise et ne se laissent pas berner aussi facilement. Les 26 000 entreprennent sans tarder une démonstration de leurs recherches sous forme de répétition publique, et comme toute répétition celle-ci comporte son lot de ratés, de non-finis et d’engueulades… Pendant près de deux heures, ils naviguent avec une facilité déconcertante entre tous les genres, du théâtre d’ombres à l’opérette en passant par le roman d’espionnage, et déconstruisent méthodiquement toutes nos attentes de spectateur, provoquant l’étonnement, l’émerveillement, et tout le monde retombe joyeusement en enfance lorsque le lapin et le hérisson poussent la chansonnette pour nous éduquer au tri sélectif.

On ressort de cette galerie des glaces vaguement étourdi et résolument souriant, avec une petite phrase de Philippe, le metteur en scène qui est en vacances / un travesti / un mafieux mexicain / une femme (rayez les mentions inutiles) à méditer : « Ce qui reste, c’est le principe, c’est-à-dire qu’on parle de la mort et elle arrive pour de vrai… Mais au théâtre, où tout est faux. »

Courrez voir cette pièce, qui sera à Châteauroux le 25 avril et à Paulhan les 27 et 28 avril ! Toutes les dates de la tournée se trouvent ICI !

Article écrit par Chloé Pape

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