Dans la toile de Fred Vargas…

Jean-Baptiste Adamsberg au royaume des insectes.


Traînant mes guêtres dans la « Bouquinerie Plus » de la place Gambetta, je me dirige vers la libraire pour régler mes achats, lorsque mon regard est attiré par une première de couverture. Si le nom de l’auteur m’est familier, je ne reconnais pas le titre du roman qui y est accolé. Agréablement surprise, je me plonge dans le dernier Fred Vargas, Quand sort la recluse, neuvième opus des aventures du commissariat parisien emmené par le brumeux Jean-Baptiste Adamsberg.

La surprise de la découverte se déploie au fil de la toile tissée par Fred Vargas. Cette fois, l’intrigue ne suit pas le cours régulier d’un fleuve tranquille, mais comporte plusieurs affluents qui me rappellent combien l’auteur maîtrise le sens du détail pour évoquer la vie du commissariat et m’emmener au delà d’une seule enquête qui s’étalerait sur les quelques 480 pages du roman: ici Mercadet sempiternel narcoleptique, là le chat bientôt greffé à la photocopieuse, le café d’Estalère toujours élu meilleur cru de la brigade par sa hiérarchie.

Ce fourmillement de détails, combinés aux remous du commissariat, me font patienter jusqu’au premier tiers du roman, où émerge lentement mais sûrement l’intrigue principale qui se révèle une sordide affaire de viol en bande organisée, tristement d’actualité. Mais le tour de force de Fred Vargas réside dans le fait de faire passer l’enquête au second plan grâce à la documentation de son roman, incroyablement riche et dense malgré l’angoissante scission entre Adamsberg et son fidèle commandant Danglard, qui ponctue d’habitude le récit de ses lumières érudites. Déjà, de Pars vite et reviens tard, c’est de la Grande Peste médiévale que j’avais appris; Dans les bois éternels m’a plongée au coeur des légendes folkloriques béarnaises.

Ici, Fred Vargas combine les sciences naturelles à un certain fanatisme médiéval pour construire des images tantôt arachnéennes, tantôt martyres et empreintes de folie religieuse. Qu’elle soit petite araignée « Loxosceles rufescens » ou femme emmurée vivante sur les chemins de Lourdes, la recluse est bien réelle et démange le commissaire Adamsberg jusqu’à le confronter à un souvenir tant répugnant pour lui que l’image l’est pour moi. La surprise composée par l’auteur confronte les métaphores et se tient jusqu’à la fin d’un roman qui se révèle glaçant d’actualité.

Emma Bernhardt

Crédit photo: http://bullesdeculture.com/2017/09/quand-sort-la-recluse-fred-vargas.html

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