« C’est ainsi que je n’ai pas tué Hitler »

La Promesse de l’aube : un encouragement à l’audace.

 

Si sa mère n’avait pas changé d’avis, Roman Gary aurait pris un train pour Berlin et aurait tué Hitler. Il était très bon tireur, sa mère le lui avait dit.

Adapté au cinéma par Eric Barbier, le roman autobiographique de Romain Gary est l’histoire d’un amour possessif. C’est aussi une leçon sur l’audace et la démesure dans leur dimension positive : une source d’imagination et de poésie.

Le film n’hésite pas à jouer sur les contrastes géographiques. L’audace est ainsi exotique. On passe d’une enfance polonaise sous la neige à la France de Nice et à la chaleur méditerranéenne. Plus tard, les rangs de l’armée française et l’extravagance de la résistance Londonienne conduiront le héros- incarné par Pierre Niney- vers les déserts africains. Le romanesque du voyage est assumé et le spectateur profite de l’énergie instaurée par la vitesse narrative et la symbolique initiatique de chaque décors. Et, lorsque le crédible fait défaut, une place est ingénieusement laissée à l’humour, comme un pied-de-nez fait aux conventions.

Cet amour de la narration caractérise Nina, la mère de Romain Gary, jouée par Charlotte Gainsbourg. Le personnage oscille entre réserve digne et coups d’éclat contre ceux qui se moquent de ses ambitions pour son fils qu’elle éduque comme un prince. L’audace de Nina, ancienne comédienne, est de croire au pouvoir de la fiction. Si l’on croit véritablement à un récit, la vie semble s’y plier.

C’est l’histoire d’une femme qui a tout voulu pour son fils qui est tout devenu pour elle : français, aviateur décoré, écrivain, diplomate. Romain Gary (né Roman Kacew en 1914 et mort en 1980) a vécu toutes ces vies. Il a endossé tous les costumes que sa mère lui a destinés : depuis le trop luxueux manteau fait de la fourrure d’écureuils argentés au smoking en tartan à l’anglaise. C’est peut-être ce qui a fait l’œuvre de Romain Gary une œuvre si protéiforme récompensée par deux prix Goncourt, dont un qu’il reçut sous le nom d’Emile Ajar. Ainsi, dans Vie et mort d’Emile Ajar, publié à titre posthume, il écrit : « Je me suis bien amusé, au revoir et merci ».

Ce film semble nous parler d’une éducation maternelle qui se transforme en une vision de la vie. Un hymne à la démesure et à l’exagération lorsqu’ils deviennent une audace fertile, un grand bluff qui pousse à agir.

Ewa Malodobry

 

Crédit photo : https://www.ladepeche.fr/article/2017/09/04/2638751-pierre-niney-incarne-romain-gary-promesse-aube.html

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