Acceso, l’accès à…

Crédit photo : Sergio Armstrong

Du film El Club est né le personnage de Sandokan et son monologue mis en scène dans la pièce de théâtre Acceso. Le texte, étant en partie celui que prononce l’acteur Roberto Farias dans El Club, est à la fois drôle, émouvant et d’une violence proche de l’inacceptable. Roberto Farias, alias Sandokan, est seul face à un public qui est assis au même niveau que lui et éclairé de la même façon. Le personnage, vêtu en conséquence, est quelqu’un qui erre dans les rues en tentant de vendre les babioles en tous genres qu’il sort au fur et à mesure de sa besace. En ventant les qualités et l’efficacité de ses produits, celui-ci se perd dans les souvenirs mais aussi dans l’alcool.

Plus la pièce avance et plus Sandokan devient brutal dans ses paroles et dans ses gestes. La pièce étant surtitrée en français depuis l’espagnol chilien, la force du discours dont le débit est très rapide en est multipliée. Celui-ci s’approche plusieurs fois très près du visage d’un spectateur et le regarde droit dans les yeux pendant plusieurs longues minutes. La détresse de cette personne et les accusations qu’il porte envers ces gens, « nous », qui l’abandonnons, nous poussent parfois à détourner le regard. Il s’assoit parmi nous et nous tend sa bouteille de vin que l’on ne peut que refuser. Il donne à voir ceux que bien souvent nous fuyons, évitons. Ceux que l’on ne veut pas voir et qui en deviennent transparents. A la fin du spectacle, certains s’effondrent. D’autres sont prostrés. Certains rient, comme pour dédramatiser et se rappeler que ce n’était que du théâtre.

Une heure de théâtre qui nous propulse dans la vie de ce personnage torturé, abandonné par sa mère, violé par les curés, poussé à tuer son beau-père. Une pièce qui nous permet de réhumaniser les personnes qui vivent dans la rue et de rappeler que parfois le destin s’acharne. Le metteur en scène et l’acteur ont travaillé ensemble pour l’élaboration de cette pièce. D’abord par le recueil de témoignages de garçons abusés sexuellement dans les centres SENAME chiliens (centres de réinsertion des mineurs), puis par de longues séances d’écriture et d’improvisations à deux.

Cette pièce, qui bouleverse et fait prendre part le spectateur jusqu’à le déranger, force à attirer l’attention sur les sans domicile fixe. Des sans domicile fixe, qu’ils soient chiliens, français ou autres, ceux qui n’ont pas accès à…

 

Article écrit par Cassandre Nebot

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